J’ai fait un rêve canon : il neigeait fort depuis un bout, je regardais frissonner les érables de l’autre côté de la fenêtre, ressentais un apaisement profond, convaincu que je venais d’emménager dans un espace de parole retrouvée. Un espace de libre parole. Un nid de parole libérée. Un cocon de mots qui n’avaient plus peur de leurs signifiants. Les ailes de la joie papillonnaient dans ma poitrine. La petite voix chaude de la marmotte d’en face répétait son mantra : « libre, gratuite, en accès libre, arbitrée par le libre arbitre, réhabilitée par la connaissance du sens de l’histoire, l’esprit critique et le retour du bon vieux bon sens… »
Quelques fractales plus tard, grand soleil doré trouant le grand ciel outremer, marmotte disparue, même lieu, la tête écrasée entre les mains c’était la prise de tête : rêve ? fantasme ? illusion ? déréalisation ? Le blaireau d’en face me trouvait débile : « Un espace comme ça tu te souviens juste que ça a existé un jour, maintenant c’est mort. »
Impossible. Cet espace-temps on en a besoin. Bon. Je vais le créer et l’offrir.
Comme petit nom à peindre sur la porte d’entrée en pain d’épices de ce nouveau refuge en haute montagne, j’ai d’abord pensé à Cet obscur objet du désir.1 Bon, je crois que c’est déjà pris. Le goût des autres, aussi.2 J’ai pensé aussi à Les mots pour le dire.3 Mouais… bof… pour le dire ? le quoi ? dire quoi ? mélodramatique, prière de laisse tomber. Sinon, il y avait aussi D’autres vies que la mienne mais bon, oula ! …4
Un flux traverse mon bureau, d’un coup d’un seul. Je fais un courriel à Élise. Élise dit oui. Le Bruit des Choses Vivantes naît.
LBCV c’est toi, c’est moi, c’est toi et moi, c’est vous et moi, c’est elle et moi, , i·el et moi, lui et moi, vous, nous, en tête à tête, deux micros, zéro caméra, zéro photo, un thème d’accroche et la liberté de s’en affranchir.
LBCV c’est un espace dématérialisé, inventé de toutes pièces pour favoriser les conversations entre humains (« les quoi ? » mais si, les humains, nous ces êtres merveilleux), un voyage auditif au cours duquel l’écoute et l’altruisme ne souffrent d’aucun préjugé, n’ont ni œillères bestiales ni frontières terrestres.
LBCV c’est une émission immersive diffusée sous forme d’épisodes d’une trentaine de minutes, en accès libre, réalisé bénévolement.
LBCV c’est hors bric-à-brac contemporain affligeant, on se détend, on est là, ensemble, pour s’apprécier et on le partage.
2025 : le début d’une ère inhumaine envahie d’un vacarme artificiellement intelligent ?
LBCV : les Choses Vivantes que nous sommes continueront de faire Leur Bruit.
Et si on restait naturellement intelligents ?
Notes : 1 – Cet obscur objet du désir, film réalisé par Luis Buñuel, 1977. 2 – Le goût des autres, film réalisé par Agnès Jaoui, 2000. 3 – Les mots pour le dire, roman de Marie Cardinal, 1976. 4 – D’autres vies que la mienne, récit d’Emmanuel Carrère, 2009.
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